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Achats de fin d'année et ADF : faites les bons choix

Visiteuse examinant du matériel au Congrès International ADF 2025 avec badge du logo ADF

À l'approche de l'ADF, pour les achats, tout le monde se réveille en même temps : commerciaux, fabricants, financeurs… Et vous au milieu, avec le fameux combo :

“c'est le moment de vous équiper, docteur, en plus ça va faire baisser vos impôts.”

Sauf que vous, vous n'êtes pas là pour faire du shopping fiscal.

Vous êtes là pour faire tourner un cabinet, soigner vos patients, préserver votre équilibre… et accessoirement ne pas plomber votre trésorerie en décembre.

L'idée de cet article, c'est justement de vous donner une grille simple, avec notre regard expert qui connaît vos réalités au fauteuil, pour répondre à une question très concrète :

qu'est-ce que j'ai intérêt à décider avant le 31/12… et qu'est-ce qui peut attendre 2026 ?

Avant tout achat (ADF ou non) : faites le bilan

Avant de signer un devis important ou de dire oui à une offre “qui se termine le 30 novembre”, le premier réflexe est ultra basique :

faire un point de gestion rapide avec votre expert-comptable (idéalement en octobre/novembre).

Trois questions suffisent à clarifier la situation :

  • Où en est votre résultat cette année ?
    Est-ce une grosse année, une année “normale” ou une année compliquée ?
    En clair : on parle de quelle sera votre pression fiscale (IR + cotisations pour les BNC, IS pour les SEL) si vous ne faites rien de particulier ?
  • Comment se porte votre trésorerie ?
    Combien de mois de charges fixes d'avance avez-vous sur le compte du cabinet ?
    Et/ou avez-vous déjà des investissements ou crédits en cours qui consomment une part de votre marge de manœuvre ?
  • À quoi ressemble 2025 pour vous ?
    • L'année est plutôt calme (congés, déménagement, baisse prévue d'activité) :
      → parfois, avancer certains achats utiles peut avoir du sens.
    • L'année présente une forte croissance (association, deuxième fauteuil, agrandissement) :
      → il peut être plus intelligent de garder de la cartouche pour l'exercice suivant.

Tant que ces trois éléments ne sont pas posés, les gros achats de fin d'année sont à manier avec prudence.

Achats et défiscalisation : Défiscaliser ne veut pas dire gagner de l'argent

On vous l'a sans doute déjà dit, mais ça vaut le coup de l'écrire noir sur blanc : Dépenser 1 € pour économiser 45 centimes d'impôts, ça reste −0,55 € dans la caisse du cabinet.

Autrement dit : si le seul argument d'un achat, c'est “ça vous fera payer moins d'impôts”, ce n'est pas un bon argument.

La vraie question à se poser est plutôt : “Si mon impôt était de 0 €, est-ce que je ferais quand même cet achat ?”

Si la réponse est oui : on est sur un investissement cohérent.

Si la réponse est non : c'est probablement une idée à challenger, même si la proposition est “intéressante fiscalement”.

En résumé, on regarde trois critères simples, est-ce :

  • utile pour le soin et la qualité de prise en charge ?
  • Aligné avec la stratégie et le projet du cabinet ?
  • Supportable sans mettre votre trésorerie en apnée ?

ADF : Quels achats privilégier, ou éviter en fin d'année ?

Les achats de consommables et de petits matériels : pour améliorer le quotidien sans risques

Tout ce qui concerne les consommables (matériaux, hygiène, EPI, petit matériel à rotation rapide) constitue généralement une charge immédiatement déductible pour les praticiens en BNC n'ayant pas opté pour la tenue de leurs comptes suivant les règles de la comptabilité commerciale (comptabilité d'engagement).

Prendre un ou deux mois d'avance peut être pertinent, encore plus si vous anticipez une hausse de prix ou des délais plus longs. En revanche, il faut éviter de constituer une réserve excessive si c'est uniquement pour réduire l'impôt ; cela immobilise la trésorerie sans grande valeur ajoutée.

Pour les BNC ayant opté pour une comptabilité tenue selon les règles commerciales, ainsi que pour les professionnels exerçant en SEL, l'achat important de consommables en fin d'année n'a, sauf remise commerciale vraiment intéressante, aucun intérêt fiscal.

En effet, tous les consommables non utilisés au 31/12 doivent être :

  • soit enregistrés en stock de clôture,
  • soit, selon la nature de la dépense, en charges constatées d'avance,

ce qui revient à annuler la déduction de ces achats sur l'exercice.
Concrètement, seule la partie effectivement consommée pendant l'année reste déductible ; le solde est neutralisé par la variation de stock.

L'achat de gros équipements (fauteuil, imagerie, scanner…), pas de décision sous pression

Dès qu'on touche aux gros chiffres, on change de tempo. Un fauteuil, un scanner, une panoramique, une solution CFAO… ce sont des investissements qui se raisonnent sur plusieurs années, pas sur une fin de mois de décembre.

Quelques points de repère :

  • Un équipement lourd est amorti dans le temps.
    L'acheter le 15 décembre ne “fait pas disparaître” votre impôt de l'année. Vous ne bénéficierez que de quelques jours d'amortissement la première année.
  • Acheter précipitamment “parce que promo ADF” ou “pour passer en charge cette année” crée souvent plus de stress que de bénéfice.

Avant de dire oui, posez-vous ces questions :

  • Cet équipement va-t-il augmenter durablement mon chiffre d'affaires ?
  • Va-t-il réduire un risque réel ?
  • Va-t-il améliorer ma santé, mon confort, celui de l'équipe ?

S'il n'y a pas au moins un “oui” ferme à l'une ou l'autre des questions, c'est un signal d'alerte.

Logiciels, digital, formations : les bons candidats de fin d'année

Il y a en revanche une famille d'achats qui se prête plutôt bien aux décisions de fin d'année, à condition qu'ils soient cohérents avec vos besoins : tout ce qui touche au numérique, à l'organisation et à la conformité.

Par exemple :

  • montée en gamme du logiciel de gestion, de l'agenda, des solutions de prise de rendez-vous et de paiement,
  • sécurisation des données, sauvegarde, cybersécurité, outils RGPD,
  • refonte ou création d'un site web professionnel,
  • formations (cliniques, gestion, management, communication avec les patients),
  • audits : hygiène, radioprotection, organisation interne, parcours patient…

BNC, SEL : deux cadres différents mais les mêmes principes

Si vous êtes en BNC (IR – déclaration contrôlée)

La pression globale (impôt + cotisations sociales) peut rapidement monter. Sur une année exceptionnellement bonne, il peut être pertinent :

  • d'avancer certains achats utiles,
  • d'engager quelques travaux,
  • de lancer des formations que vous aviez de toute façon prévues.

Mais là encore : un gros investissement fin décembre n'annule pas l'impôt. L'amortissement reste étalé dans le temps.

Si vous êtes en SEL à l'IS

Le réflexe est un peu différent : vous jonglez entre réinvestir dans le cabinet et laisser du résultat pour la rémunération ou d'éventuels dividendes.

Achats et ADF : nos règles d'or

  • On fait un point de gestion avant Noël
    Pas de gros achat sans simulation chiffrée.
  • On se fixe une enveloppe d'investissements raisonnable
    On garde en ligne de mire un plancher de trésorerie (souvent 2 à 3 mois de charges fixes).
  • On priorise dans le bon ordre
    1. Conformité, sécurité, gestion des risques.
    2. Productivité et développement du chiffre d'affaires.
    3. Bien-être et ergonomie pour vous et votre équipe.
    4. Confort / plaisir… uniquement si les trois premiers étages sont stabilisés.
  • On vérifie ce qui peut réellement compter sur l'année en cours
    Commande, livraison, facturation avant le 31/12.
  • On ne se raconte pas d'histoires avec l'impôt
    “Si l'impôt était de 0, est-ce que je ferais cet investissement ?”
  • On garde une marge de manœuvre pour la vie perso
    Le cabinet est un outil au service de votre projet de vie, pas l'inverse.